{"id":3186,"date":"2000-05-20T00:00:34","date_gmt":"2000-05-19T22:00:34","guid":{"rendered":"https:\/\/chronologiekritik.de\/fr\/?p=3186"},"modified":"2024-02-24T06:30:13","modified_gmt":"2024-02-24T05:30:13","slug":"tapis-bayeux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chronologiekritik.de\/fr\/2000\/05\/20\/tapis-bayeux\/","title":{"rendered":"La tapisserie de Bayeux"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\">La salle o\u00f9 est expos\u00e9e la c\u00e9l\u00e8bre tapisserie dans le mus\u00e9e \u00e0 Bayeux est intentionnellement maintenue dans l&#8217;obscurit\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 ce que les couleurs ne blanchissent pas. Une fois que les yeux se sont habitu\u00e9s \u00e0 l&#8217;obscurit\u00e9, on peut alors voir de pr\u00e8s la fine broderie; et l&#8217;on peut d\u00e9j\u00e0 constater que la date indiqu\u00e9e (entre 1066 et 1082) est douteuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">C&#8217;est ce qui frappe au premier regard : on a travaill\u00e9 au moins deux fois sur la tapisserie de Bayeux. Cela se voit \u00e0 la fa\u00e7on dont on a oeuvr\u00e9 avec l&#8217;aiguille, aux couleurs qui ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9es et \u00e0 la dext\u00e9rit\u00e9 des ex\u00e9cutants. On peut en conclure que des rajouts ont \u00e9t\u00e9 faits avec du fil noir, et que l&#8217;on a confectionn\u00e9 des lignes de caract\u00e8res, ou des mains, etc., sur une tapisserie plus ancienne, plus color\u00e9e et riche de nombreux dessins. Puisque cette deuxi\u00e8me phase de confection &#8211; qui ne passe pas inaper\u00e7ue aux yeux d&#8217;un artiste ou artisan &#8211; n&#8217;est pas indiqu\u00e9e par les commentateurs officiels et gardiens du pr\u00e9cieux chef d&#8217;\u0153uvre, mais qu&#8217;au contraire, elle est formellement reni\u00e9e, je ne puis que supposer qu&#8217;il y ait une raison id\u00e9ologique \u00e0 ce black-out.<br \/>\nIl n&#8217;est pas possible de savoir combien de temps a pu s&#8217;\u00e9couler entre les deux ouvrages, mais cet intervalle a d\u00fb \u00eatre assez long, car il y a une fracture dans la conception du monde entre les deux phases de tissages. Le latin employ\u00e9 dans les inscriptions est plus r\u00e9cent que ne l&#8217;est l&#8217;\u0153uvre globale. Parfois, les images sont d\u00e9crites avec un sens diff\u00e9rent de celui d&#8217;origine. Les motifs montrent en effet surtout un paganisme pr\u00e9-chr\u00e9tien, le texte en revanche est conforme \u00e0 une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente, dict\u00e9e par l&#8217;Eglise.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Les symboles pa\u00efens ne se rencontrent pas seulement sur le rebord sup\u00e9rieur ou inf\u00e9rieur, sous la forme de monstres ou de dieux animaux, mais aussi dans la partie centrale. C&#8217;est un bestiaire bien caract\u00e9ris\u00e9 (figurations animales mythiques) avec, en plus, des fleurs de lis qui prennent la forme de l&#8217;arbre sacr\u00e9 Irminsul. Mais on ne voit de croix que sur le cercueil du roi Edouard, elles sont byzantines ou irlandaises. En revanche, l&#8217;\u00e9glise (&#8220;Westminster&#8221;) n&#8217;arbore pas de croix sur son toit ni sur les tours, mais une t\u00eate de dragon stylis\u00e9e pr\u00e8s du ch\u0153ur. Les bateaux, \u00e9galement, pr\u00e9sentent des t\u00eates de dragons, et m\u00eame si cela peut \u00eatre un trait archa\u00efsant, c&#8217;est quand m\u00eame significatif dans l&#8217;esprit des concepteurs de l&#8217;\u0153uvre.<br \/>\nLa contradiction entre les deux \u00e9l\u00e9ments de style est frappante.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">Le ticket d&#8217;entr\u00e9e au mus\u00e9e montre un d\u00e9tail important de la tapisserie : l&#8217;\u00e9v\u00eaque en train de c\u00e9l\u00e9brer la &#8220;C\u00e8ne&#8221; &#8211; qui est plut\u00f4t un repas festif o\u00f9 l&#8217;on boit beaucoup. Il n&#8217;y a que l&#8217;inscription latine qui se trouve au-dessus pour sugg\u00e9rer un culte chr\u00e9tien :<br \/>\nET.hIC.EPSCOPVS.CIBV.ET.POTV:BENEDICIT.<br \/>\n(&#8220;et ici le c\u00e9l\u00e9brant b\u00e9nit nourriture et boisson &#8220;)<br \/>\nUne possibilit\u00e9 pour dater l&#8217;\u00e9poque de la tapisserie pourrait se trouver dans l&#8217;observation des \u00e9cussons : ceux des ANGLI ont l&#8217;air curieusement nordiques, et archa\u00efques avec leurs pointes ; ils appartiennent \u00e0 une p\u00e9riode historique que l&#8217;on devrait pouvoir identifier. Des sculptures sur bois de la fin du 15\u00e8me si\u00e8cle, en Alsace et en Suisse, montrent des \u00e9cussons analogues.<br \/>\nCertaines peintures qui viennent d&#8217;\u00eatre d\u00e9couvertes, sur des poutres en bois dans des maisons fran\u00e7aises, ont \u00e9t\u00e9 dat\u00e9es du d\u00e9but du 14\u00e8me si\u00e8cle, et sont dans un style tr\u00e8s semblable aux dessins de la tapisserie de Bayeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">La date que l&#8217;on donne d&#8217;habitude \u00e0 la fabrication de la tapisserie : vers 1070, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la conqu\u00eate de l&#8217;Angleterre par les Normands, est ind\u00e9fendable. La premi\u00e8re fois qu&#8217;on a fait mention de la c\u00e9l\u00e8bre tapisserie, longue de 70 m\u00e8tres et destination de nombreux p\u00e8lerins, c&#8217;\u00e9tait en 1476. Cela pourrait bien \u00eatre \u00e0 ce moment que l&#8217;on a proc\u00e9d\u00e9 aux transformations, et que l&#8217;on a rajout\u00e9 les textes en latin.<br \/>\nIl para\u00eet bien \u00e9vident qu&#8217;une telle pi\u00e8ce artistique, si fameuse qu&#8217;elle attirait foule de p\u00e8lerins, aurait d\u00fb \u00eatre mentionn\u00e9e et d\u00e9crite bien avant, si elle avait v\u00e9ritablement d\u00e9j\u00e0 exist\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">[traduction : Fran\u00e7ois de Sarre]<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La salle o\u00f9 est expos\u00e9e la c\u00e9l\u00e8bre tapisserie dans le mus\u00e9e \u00e0 Bayeux est intentionnellement maintenue dans l&#8217;obscurit\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 ce que les couleurs ne blanchissent pas. Une fois que les yeux se sont habitu\u00e9s \u00e0 l&#8217;obscurit\u00e9, on peut alors voir de pr\u00e8s la fine broderie; et l&#8217;on peut d\u00e9j\u00e0 constater que la date indiqu\u00e9e (entre 1066 et 1082) est douteuse. C&#8217;est ce qui frappe au premier regard : on a travaill\u00e9 au moins deux fois sur la tapisserie de Bayeux. Cela se voit \u00e0 la fa\u00e7on dont on a oeuvr\u00e9 avec l&#8217;aiguille, aux couleurs qui ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9es et \u00e0 la dext\u00e9rit\u00e9 des ex\u00e9cutants. On peut en conclure que des rajouts ont \u00e9t\u00e9 faits avec du fil noir, et que l&#8217;on a confectionn\u00e9 des lignes de caract\u00e8res, ou des mains, etc., sur une tapisserie plus ancienne, plus color\u00e9e et riche de nombreux dessins. Puisque cette deuxi\u00e8me phase de confection &#8211; qui ne passe pas inaper\u00e7ue aux yeux d&#8217;un artiste ou artisan &#8211; n&#8217;est pas indiqu\u00e9e par les commentateurs officiels et gardiens du pr\u00e9cieux chef d&#8217;\u0153uvre, mais qu&#8217;au contraire, elle est formellement reni\u00e9e, je ne puis que supposer qu&#8217;il y ait une raison id\u00e9ologique \u00e0 ce black-out. Il n&#8217;est pas possible de savoir combien de temps a pu s&#8217;\u00e9couler entre les deux ouvrages, mais cet intervalle a d\u00fb \u00eatre assez long, car il y a une fracture dans la conception du monde entre les deux phases de tissages. Le latin employ\u00e9 dans les inscriptions est plus r\u00e9cent que ne l&#8217;est l&#8217;\u0153uvre globale. Parfois, les images sont d\u00e9crites avec un sens diff\u00e9rent de celui d&#8217;origine. Les motifs montrent en effet surtout un paganisme pr\u00e9-chr\u00e9tien, le texte en revanche est conforme \u00e0 une interpr\u00e9tation diff\u00e9rente, dict\u00e9e par l&#8217;Eglise. Les symboles pa\u00efens ne se rencontrent pas seulement sur le rebord sup\u00e9rieur ou inf\u00e9rieur, sous la forme de monstres ou de dieux animaux, mais aussi dans la partie centrale. C&#8217;est un bestiaire bien caract\u00e9ris\u00e9 (figurations animales mythiques) avec, en plus, des fleurs de lis qui prennent la forme de l&#8217;arbre sacr\u00e9 Irminsul. Mais on ne voit de croix que sur le cercueil du roi Edouard, elles sont byzantines ou irlandaises. En revanche, l&#8217;\u00e9glise (&#8220;Westminster&#8221;) n&#8217;arbore pas de croix sur son toit ni sur les tours, mais une t\u00eate de dragon stylis\u00e9e pr\u00e8s du ch\u0153ur. Les bateaux, \u00e9galement, pr\u00e9sentent des t\u00eates de dragons, et m\u00eame si cela peut \u00eatre un trait archa\u00efsant, c&#8217;est quand m\u00eame significatif dans l&#8217;esprit des concepteurs de l&#8217;\u0153uvre. La contradiction entre les deux \u00e9l\u00e9ments de style est frappante. Le ticket d&#8217;entr\u00e9e au mus\u00e9e montre un d\u00e9tail important de la tapisserie : l&#8217;\u00e9v\u00eaque en train de c\u00e9l\u00e9brer la &#8220;C\u00e8ne&#8221; &#8211; qui est plut\u00f4t un repas festif o\u00f9 l&#8217;on boit beaucoup. Il n&#8217;y a que l&#8217;inscription latine qui se trouve au-dessus pour sugg\u00e9rer un culte chr\u00e9tien : ET.hIC.EPSCOPVS.CIBV.ET.POTV:BENEDICIT. 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La date que l&#8217;on donne d&#8217;habitude \u00e0 la fabrication de la tapisserie : vers 1070, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la conqu\u00eate de l&#8217;Angleterre par les Normands, est ind\u00e9fendable. La premi\u00e8re fois qu&#8217;on a fait mention de la c\u00e9l\u00e8bre tapisserie, longue de 70 m\u00e8tres et destination de nombreux p\u00e8lerins, c&#8217;\u00e9tait en 1476. Cela pourrait bien \u00eatre \u00e0 ce moment que l&#8217;on a proc\u00e9d\u00e9 aux transformations, et que l&#8217;on a rajout\u00e9 les textes en latin. Il para\u00eet bien \u00e9vident qu&#8217;une telle pi\u00e8ce artistique, si fameuse qu&#8217;elle attirait foule de p\u00e8lerins, aurait d\u00fb \u00eatre mentionn\u00e9e et d\u00e9crite bien avant, si elle avait v\u00e9ritablement d\u00e9j\u00e0 exist\u00e9. 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